des mises en couleurs BD

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DU SOLEIL ENTRE LES PAGES…
… ou comment les travailleurs de l’ombre apportent la lumière.

Par E. Daney. "Vécu" de Juillet 2003

Le rose aux joues des personnages, l'azur du ciel, l'outremer des océans... Leur absence nous manquerait cruellement, étant habitués à un monde saturé de couleurs. Dina Kathelyn fait partie de ceux et celles qui pigmentent, donnent vie à ces fresques de papiers: les coloristes...

 

 

La Vie en rose, thriller haletant, est la rencontre de trois talents: la prose de Dieter (alias Didier Teste), la plume de Viviane Nicaise et le pinceau de Dina Kathelyn. Déjà connue pour ses illustrations de livre jeunesse, elle nous dévoile cette activité méconnue de mise en couleur.

Vécu: Illustratrice, peintre, et maintenant coloriste, est-ce une étape logique dans la création?
Dina Kathelyn : Surtout une activité complémentaire, une autre manière de dessiner. Et beaucoup de chance! En effet. j'ai participé par hasard à la couleur du tome 4 de Sambre de Yslaire. J'y ai pris beaucoup de plaisir, j'ai donc enchaîné sur la série Murena de Delaby et Dufaux. Enfin, Paul Herman m'a mise en contact avec Viviane Nicaise.

Vécu: Comment collabore-t-on avec un dessinateur? Y a-t-il des exigences d'une part et des suggestions de l'autre, ou un cloisonnement où chacun réalise sa tâche?
D. Kathelyn : Cela dépend principalement du dessinateur. Si P. Delaby me fournissait toutes les instructions qu'il jugeait nécessaires sur une photocopie de la planche, Viviane Nicaise ne me donne aucune indication. Elle me fait confiance. Dès lors, une véritable création s'opère. Puisque je m'adapte à l'intrigue au plus près, les mauvaises surprises pour le dessinateur sont absentes. On se téléphone parfois pour un éclaircissement ou une précision...

Vécu: Avant d'aborder la planche, faites-vous des recherches préalables, décor ou atmosphère?
D. Kathelyn : Là aussi, il n'y a pas de règle. J'ai amassé une masse documentaire (photos, livres, publicités...) dont je me sers parfois. Certains "modèles" de couchers de soleil ou d'orages me permettent de les rendre crédibles: certaines choses ne s'inventent pas. Pour le reste, cela vient naturellement. Mon expérience d'illustratrice me permet d'appréhender sereinement une planche. Je touche à toutes les techniques (peinture sur toile, aquarelle...) pour acquérir une certaine souplesse afin de m'adapter aux dessinateurs.

Vécu: Pour une même planche, la palette des possibilités est infinie, comment choisissez-vous?
D. Kathelyn : Je réfléchis au message contenu, je fais quelques essais préalables, des petits mélanges sur une feuille à côté. Si cela me plaît, je me lance. C'est instinctif, de la cuisine! On teste ses couleurs et on attaque la planche. Si jamais c'est un échec complet, je "lave" les encres. Au pire, une deuxième planche nous est fournie s'il faut tout recommencer. Chaque coloriste possède ses caractéristiques propres. Comme il existe des styles différents pour chaque dessinateur, des styles différents existent pour les coloristes. On projette sa propre personnalité sur la planche, il ya des tons que je n'utiliserai jamais. Chaque coloriste peint avec ses propres perceptions, sa sensibilité et les techniques dont il dispose.

Vécu: Comment procédez-vous ensuite?
D. Kathelyn : Je place au pinceau le "masking" - une sorte de caoutchouc liquide - sur les bulles et sur les cadres pour peindre en toute liberté. Je regroupe les planches par scène pour la cohérence des tons, des objets, des protagonistes. Le plus important dans la couleur, c'est la lumière. Je fixe la source, les ombres en les adaptant aux ambiances et à la scène. J'indique dans la marge certains éléments à ne pas oublier (en extérieur, de jour, de nuit, sous la pluie...), puis je commence par les tons "chair". Pour moi, un personnage n'existe que lorsqu'il a sa peau. Ensuite, la couleur elle-même, les tons clairs avant les tons foncés. Pour Murena, j'utilise l'aquarelle, ici des encres. Je ne me sers pas de l'ordinateur bien que cela soit très demandé, pour ses performances et sa simplicité. Cependant, quelle que soit la technique et malgré les progrès de l'impression, l'album final reste éloigné de la réalité des planches. Il y a des pertes ou des ajouts. Les techniques évoluent, mais les moyens financiers ne permettent pas toujours de les employer. Parfois, on va sur les machines lors de l'impression pour repérer les variations. Des corrections permettent alors d'avoir un résultat satisfaisant.

Vécu: Qu'en est-il du métier de coloriste?
D. Kathelyn : Il est encore mal considéré, très peu reconnu, un cran en dessous du scénariste ou du dessinateur. On pense encore que les coloristes sont interchangeables. Alors qu'en changer au milieu d'une série, a fortiori d'un album, se voit! Néanmoins, travailler sur des dessins superbes est passionnant. Nous ajoutons une valeur au dessin, une épaisseur supplémentaire dans la narration, l'esthétique. Beaucoup de choses passent par la couleur. En bref, le coloriste est le troisième auteur de l'album!


Av Molière 101/bte 3 - B - 1190 Bruxelles
Tél.: +32 2 344 51 77 GSM:+32 497 48 47 73 - Email: dina@kathelyn.com