des mises en couleurs BD

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Dina Kathelyn
Profession Coloriste
Héros et Histoire(s) – octobre 2005

 

 

 


Dans l'élaboration d'une bande dessinée, l'étape de la mise en couleur pour primordiale qu'elle soit, est trop souvent passée sous silence dans les médias. Pourtant, le travail du dessinateur peut se voir dénaturé par une mise en couleur approximative ou inappropriée. Mais quand celle-ci s'harmonise parfaitement avec le dessin et l'ambiance générale de l'album, la symbiose qui en résulte constitue un atout majeur. C'est pour parler de son activité du moment: la mise en couleur du prochain épisode d'Alix, Roma, Roma dessiné par Moralès et prévu pour la fin de l'année, que Dina Kathelyn a accepté, en exclusivité pour L'Aventurier, de nous recevoir dans son appartement bruxellois.

Dina, comment est née votre activité de coloriste de BD ?
Dina Kathelyn: Je fais de l'illustration, des livres pour enfants et un jour, mon fils, Bruno Marchand qui est dessinateur de BD Little Nemo et coloriste, pris par le temps, m'a demandé de réaliser à sa place la colorisation d'un album de Samhre (Yslaire). C'est donc par hasard que j'ai commencé cette activité de coloriste BD. J'ai ainsi ensuite fait la mise en couleur de trois albums de la série Murena (Delaby et Dufaux) et des trois tomes de La vie en rose (de Dieter et Nicaise) et collaboré avec Graza pour le tome II de l'Ordre Impair (Teng et Miel). Et je suis très heureuse que cette activité de coloriste m'ait valu le "Pinceau d'Or" du Festival BD de Vaison-la-Romaine en septembre 2004. Parallèlement à cela, je réalise également des illustrations publicitaires et je m'adonne aussi à la peinture ainsi qu'à l'écriture.

Comment avez-vous été amenée à travailler pour Jacques Martin?
DK: Etant tous deux auteurs Casterman (Dina Kathelyn a réalisé la célèbre série pour enfants Marmouset qui s'est vendue à plusieurs millions d'exemplaires de par le monde), nous étions souvent amenés à nous rencontrer dans les foires du Livre ou les cocktails. Ayant appris qu'il était à la recherche d'une coloriste pour terminer un album, je l'ai donc contacté et c'est ainsi que j'ai colorisé les 11 dernières planches du Fleuve de jade, avant de commencer celles de Roma, Roma dessiné par Rafaël Moralès que je suis en train de réaliser.

Avez-vous éprouvé quelques difficultés à rentrer dans l'univers d'Alix?
DK: Non aucune, car je m'adapte facilement et passe sans problèmes d'un univers à l'autre. Je peux réaliser de front deux séries différentes car je cloisonne chacune d'entre elles. Mais je ne travaille à l'aise que sur du dessin réaliste et de préférence bien fait (rires). Etant moi-même dessinatrice, je suis très perturbée quand je constate des erreurs dans le dessin. Avec Rafaël, je n'ai aucun problème de ce genre: le dessin est abouti et juste dans les moindres détails.

A quel rythme Rafaël Moralès vous livre-t-il ses planches?
DK: Le rythme est de 4 planches par mois. Idéalement, je préfère recevoir l'album entier ou du moins les planches par séquences pour harmoniser plus facilement les couleurs que l'on retrouve tout au long de cette séquence.

Quelles instructions recevez -vous de Rafaël Moralès ?
DK: Il me transmet des photocopies avec des annotations générales du type : c'est la nuit, c'est le matin, etc.., ainsi que des références à un album antérieur (par exemple pour les tenues des soldats). Il y a aussi des constantes comme la tunique d'Alix qui est toujours rouge et celle d'Enak en bleu vert. Je consulte aussi les autres albums pour certains autres personnages récurrents ou des décors précis.

Combien de temps mettez-vous à coloriser une planche d'Alix?
DK: Il faut compter en moyenne 16 ou 17 heures, alors que certaines séries ne me demandent que 5 heures!

Quand vous avez terminé une séquence, que se passe-t-il ensuite?
DK: Je soumets mon travail à Jacques Martin. Il demande parfois une correction de détail (exemple une armure dorée plutôt qu'argentée), mais cela se passe toujours très bien. Il est exigeant, comme chacun sait, ce qui ne me déplaît pas du tout. Je préfère nettement cela à quelqu'un de "je m'en foutiste" !

Comment expliquez-vous le fait que le métier de coloriste soit le plus souvent féminin?
DK: En ce qui me concerne, n'étant pas coloriste de métier, vu mes autres activités, il m'est difficile de répondre à cette question. Il y a le cas, assez fréquent, de l'épouse d'un dessinateur qui colorise ses planches. Vous devez aussi savoir que ce n'est pas un métier très valorisé et qui, souvent est mal rémunéré, ce qui n'est pas toujours le cas pour moi, je m'empresse de le préciser. Mais comme il s'agit en général d'un travail mal payé, peut-être les hommes acceptent-ils moins facilement cela que les femmes qui, elles, l'exerceront alors en tant qu'activité complémentaire. Supposition!

Peintre, dessinatrice, auteur et coloriste, Dina Kathelyn est une artiste complète. On ne pouvait rêver meilleure collaboration avec Jacques Martin. Tous deux ont en effet en commun, outre le talent, le goût du travail bien fait et le sens de la rigueur. Mais ils ont aussi et surtout - pour ceux qui ont la chance de les rencontrer-le même regard où se lit la passion de leur métier!

ETAPE 1
Je reçois ce qu'on appelle un "bleu", soit une reproduction de la planche originale réali­sée sur un papier adé­quat en format plus petit que la planche originale.

ETAPE 2
Je colorise ce "bleu" qui en fait est gris de nos jours. Je commence par mettre les récitatifs en jaune puis je débute mon travail, si possible par séquence.

ETAPE 3
Quand j'ai terminé les couleurs sur le bleu, on pose le film du dessin original qui ajoute le noir pur à la planche et permet ainsi de délimiter le contraste. Ce film sert à l'impression finale.


Av Molière 101/bte 3 - B - 1190 Bruxelles
Tél.: +32 2 344 51 77 GSM:+32 497 48 47 73 - Email: dina@kathelyn.com